Le BIM représente la transition numérique du monde du bâtiment

février 28, 2017
Jean-Yves LIGNIER

La soirée du lundi 27 février 2017 a permis aux participants d’aborder deux sujets très différents.

En première partie Christian Bourguelle nous a présenté l’AGIRC-ARRCO ainsi que quelques points clefs de la transition numérique en cours dans ces organismes. La parole a été ensuite donnée à Didier Balaguer et à Vincent Barue pour traiter le thème principal de la soirée : le BIM.


AGIRC-ARRCO

L’AGIRC et l’ARRCO gèrent les régimes complémentaires de retraite du secteur privé (régimes complémentaires de la CNAV avec en plus le régime des salariés agricoles et en moins les agents non titulaires de la fonction publique).

En quelques diapositives, Christian Bourguelle a situé avec précision la position et la situation de ces organismes. En 2013, le montant total des retraites versées était de 297 milliards d’euros, soit 14,1% du PIB. La retraite complémentaire des salariés du privé représente 24,6% de cette somme.

Quelques chiffres permettent d’illustrer les grandes caractéristiques de ces régimes :

  • 18 millions de cotisants
  • 12 millions de retraités
  • 4 millions d’entreprises gérées
  • 70,8 milliards de cotisations encaissées
  • 73,14 milliards d’allocations versées.

Le déficit annuel de 3 milliards est "compensé" par plus de 60 milliards de réserve. L’enjeu permanent de ces régimes est de maintenir l’équilibre financier, dans un environnement économique et démographique défavorable.

Ces régimes présentent de réelles spécificités :

  • Une gestion paritaire (partenaires sociaux) Celle-ci donne lieu à des accords quinquennaux et triennaux. Les principaux points des accords de 2013 et 2015 sont les suivants :
    • Réduire les coûts de gestion : passer de 1,9 à 1,6 milliard d’€ à horizon 2018 puis de nouveau moins 300 millions d’économies de 2019 à 2022
    • Fusion des régimes AGIRC-ARRCO
    • Evolution de la gouvernance et du pilotage des régimes
    • Mise en œuvre de mesures paramétriques pour équilibrer les régimes (Exemples : coefficient de solidarité, sous-indexation des pensions, etc.).
  • Une logique contributive
  • Un autofinancement total Après avoir évoqué la place de la MOA dans l’organisation, Christian Bourguelle a présenté les points saillants de la stratégie digitale mise en œuvre devant permettre, en moins de cinq ans, de « passer de l’âge de glace à l'architecture d'entreprise pour devenir un acteur de référence ».

La stratégie est focalisée principalement sur les 6 axes suivants :

  1. Développer les e-services Web sur tous les services/domaines : le client doit pouvoir, quand il le souhaite, réaliser 100% des processus/interactions en digital
  2. Développer la présence sur les canaux mobiles et réseaux sociaux
  3. Dématérialiser les processus internes et externes
  4. Favoriser les liens avec les acteurs inter-régimes
  5. Mettre en place un dispositif d’innovation
  6. Développer une culture digitale interne.

Pour des compléments d’information : http://www.cor-retraites.fr/IMG/pdf/doc-2056.pdf


Le BIM

Le thème a été abordé par Didier Balaguer et illustré par quelques exemples donné par Vincent Barue.

Didier BALAGUER, est le PDG fondateur de datBIM, administrateur de Médiaconstruct, membre de la commission de normalisation Afnor PPBIM. Il a présenté aux participants le BIM dans le cadre de la transition numérique du bâtiment, les enjeux technico-économiques, les acteurs et les référentiels normatifs.

Vincent BARUE, co-fondateur de la société Foundation spécialisée dans la construction et la gestion d’actifs immobiliers numériques (avec plus d’1.600.000 m² digitalisés en BIM) a complété ce tour d’horizon par des cas d’usages concrets sur des opérations telles que le Quai d’Orsay, le Bataclan, des immeubles tertiaires parisiens.

Définition

Le terme « BIM » vient de l'anglais Building Information Modeling qui se traduit par Modélisation des Informations (ou données) du Bâtiment. Le terme bâtiment ici est générique et englobe également les infrastructures.

Source: http://www.objectif-bim.com/index.php/bim-maquette-numerique/le-bim-en-bref/la-definition-du-bim

 

Volonté politique

Le BIM représente la transition numérique du monde du bâtiment.

20 Millions d’Euros sur trois ans

Lors du conseil des ministres du 10 décembre 2014, Madame Sylvia Pinel, ministre du Logement, de l’Égalité des territoires et de la Ruralité, a présenté son plan de relance de la construction. Figurant parmi les trois plans d’intervention, le Plan Transition Numérique dans le Bâtiment (PTNB) vise à accélérer le déploiement des outils numériques à l’échelle de l’ensemble du secteur du bâtiment. À ce plan est affecté un fonds de 20 Millions d’Euros sur trois ans (fin en 2017).

Les grands axes du Plan

Transition Numérique dans le Bâtiment Créé officiellement le 20 janvier 2015 avec la nomination de Bertrand Delcambre au poste de Président du Plan Transition Numérique dans le Bâtiment, le PTNB poursuit trois objectifs :

  1. expérimenter, capitaliser, convaincre et donner envie de s'approprier le numérique dans le quotidien de l'acte de construire ;
  2. permettre la montée en compétences des professionnels du bâtiment autour du numérique et le développement d'outils adaptés à tous les chantiers en privilégiant les objectifs de massification pour le déploiement et en accordant une attention toute particulière aux solutions BIM pour les petits projets ;
  3. développer un écosystème numérique de confiance en encourageant les travaux de normalisation et permettre ainsi l'interopérabilité des outils et logiciels.

Les missions du Plan Transition Numérique dans le Bâtiment

Le PTNB répond également aux missions suivantes :

  • Soutenir les acteurs de l'écosystème français de l'économie numérique ;
  • Inciter la maîtrise d'ouvrage à l'usage du numérique dans les procédures de marchés publics ;
  • Accompagner les petites structures dans l'utilisation du numérique ;
  • Démontrer l'efficacité du numérique à toutes les étapes de l'acte de construction, puis en phase d'exploitation, de maintenance, d'entretien et de rénovation ;
  • Prouver l'utilité de l'outil en communiquant sur les gains obtenus en termes de coûts, de qualité, de productivité et sinistralité ;
  • Développer l'appropriation des outils numériques pour la gestion de la phase d'exploitation (DOE et DIUO numériques, carnet numérique de suivi et d'entretien) ;
  • Mettre le bâtiment numérique au service de l'habitant avec le carnet numérique de suivi et d'entretien ; • Adapter les formations initiales et continues ;
  • Assurer l'interopérabilité des outils ;
  • Mener rapidement des actions opérationnelles pilotes ;
  • Préserver la propriété intellectuelle et les droits d'auteur ;
  • Réduire la sinistralité ;
  • Participer au droit numérique.

 

Mediaconstruct

Mediaconstruct (créée en 1989) est une association (loi 1901) de professionnels qui a pour vocation de soutenir, sur le plan national, le développement de la transition numérique sur l’ensemble de la filière bâtiment.

Elle a trois objectifs principaux :

1. L’usage de la maquette numérique du bâtiment

2. Les échanges de données du bâtiment entre acteurs, grâce à la norme ISO-IFC

3. Le développement de l’openBIM en France

 

Normes d’échanges

Le format IFC (Industry Foundation Classes) est un format de fichier orienté objet, destiné à assurer l’interopérabilité entre les différents logiciels de maquette numérique. Il s’agit d’un format libre et gratuit qui se veut être le garant d’un « Open BIM ». [NORME ISO 16739 (2013)]

COBIE (Construction-Operation Building information exchange) est un format d'échange, basé sur les définitions des IFC, qui se concentre sur la transmission des informations majoritairement non-graphiques du bâtiment. Il contient toutes les informations nécessaires à l'utilisation et à l'entretien de l'ouvrage. COBIE, que l'on peut comparer à une feuille Excel géante, peut être échangé entre autres aux formats Excel et  XML. NOTE : Un projet de taille modeste va contenir environ 600'000 lignes. Un projet plus complexe comme un hôpital va facilement contenir plus d'un million de lignes.

Open dthX : est un format d'échanges entre les catalogues des industriels, les bibliothèques de données y compris la géométrie (2D, 3D..). Cette dernière est considérée comme un attribut optionnel, comme toutes les autres propriétés et les logiciels métier de la construction. Ce format est en cours de normalisation au sein de la commission de normalisation Afnor PPBIM/groupe d’experts.

 

Le BIM en action

Le BIM désigne des méthodes de travail, une maquette numérique paramétrique 3D et surtout une base de données relationnelle qui contient des données structurées (big data) permettant des partages d'informations fiables tout au long de la durée de vie d'un bâtiment ou d'infrastructures, de leur conception jusqu'à leur démolition. La maquette numérique, quant à elle, est une représentation digitale des caractéristiques physiques et fonctionnelles de ce bâtiment ou de ces infrastructures.

 

Objectifs du BIM

• Fluidifier les échanges entre les différents acteurs d’un projet

• Garantir le respect des règlementations (Environnement, thermique, acoustique, résistance, etc.)

• Réduire les coûts des malfaçons et les délais de recette

• Réduire les coûts d’exploitation des ouvrages sur la totalité de leur durée de vie

 

Fonctionnement du secteur du bâtiment

Le secteur du bâtiment fonctionne « en silo » assez étanches. Les informations qui passent d’un silo à l’autre sont ressaisies : Maître d’ouvrage (programme) Architecte (logiciel A) Bureaux d’études (logiciel B) économistes (logiciel C) Entreprises (logiciel D) Exploitants (Logiciel E) Les fabricants de fournitures doivent disposer de catalogues (papier/électronique) susceptibles de s’adapter à tous ces logiciels. Les mêmes informations sont ressaisies de 10 à 15 fois.

Conséquence :

• un coût de non qualité d’environ 8 milliards d’euros en France par an sur les phases conception/réalisation. Estimation : 2 à 3 euros par M2 et par an pour l’exploitation.

• Une empreinte écologique importante : le BTP est le plus gros producteur de déchets

• Transition énergétique : Le BTP est le plus gros producteur de gaz à effet de serre

Le passage aux échanges numériques (normés) permet un gain de 10 à 15% du prix de la construction et selon les Anglais de 20% du coût global sur le cycle complet.

Afin d’harmoniser les échanges de données entre les acteurs, sous l’égide de l’AFNOR, les professionnels ont élaboré une norme définissant la gouvernance des dictionnaires de données. C’est la norme NF XP P07-150, publiée en décembre 2014 et éditée par le comité de normalisation dit PPBIM (Propriétés produits pour le BIM).

Didier Balaguer, indique que la Grande-Bretagne a imposé COBIE pour les dossiers d’ouvrage exécuté numérique(DOE). En France il n’y a aucune obligation. Cette obligation apparaîtra lorsque l’écosystème concerné sera mis en place…La France du BTP est tellement multiforme, tellement atomisée que le discours concernant la normalisation et l’intérêt de la transition numérique n’est pas audible.

Note : les grandes entreprises telles que Bouygues, Eiffage, représentent moins de 15% des acteurs. Le monde du BTP est surtout un mode d’artisans et de PME/PMI. Le taux de pratique du BIM en France est de l’ordre de 1 à 3%, en Angleterre de 28% et aux Etats-Unis de 44% selon une étude sectorielle Xerfi de 10/2015. La question de quel type d’usage (utilisation d’un logiciel permettant de faire du BIM ou la réelle mise en œuvre d’un processus collaboratif pour tous) reste posée alors même que les infrastructures d’échange ne sont pas finalisées.

La question de la fluidification des échanges des informations entre les différents acteurs est au cœur de la problématique BIM. Il est nécessaire que les bibliothèques, les catalogues des fournisseurs puissent être interfacés avec l’ensemble des logiciels utilisés. Il est indispensable de développer un climat de confiance pour que les bases de données et les outils utilisés soient interopérables et que les informations numériques soient rattachées aux objets physiques.

Les grandes entreprises, les architectes et les bureaux d’études sont acquis à la transition en cours. Par contre les sous-traitants (très nombreux) travaillent encore sur « papier ». C’est une question fondamentale que doit résoudre ce secteur. Elle prendra très probablement de nombreuses années encore. Il existe un autre challenge en la matière : tenir les dossiers à jour, pour d’évidentes questions de rapidité d’intervention, de fiabilité des données (correspondance avec la réalité), de calcul d’impact pour des raisons de maintenance et d’évolution.

Didier Balaguer a donné un exemple significatif. Il concerne la construction d’un immeuble de 30 logements par l’OPH de La Rochelle. 300 000 produits livrés sur chantier, 6000 à 12000 références distinctes, 250 fournisseurs pour un coût de projet de 3,1 millions d’Euros dont 310 K€ d’étude. La constitution de la base de données des informations relatives aux composants du bâtiment utiles à l’ensemble des acteurs sur l’ensemble du cycle de vie de l’ouvrage a été estimée de 30% à 60% des coûts d’étude.

 

Conclusion

En conclusion Didier Balaguer insiste sur le fait que le BIM n’est pas une révolution. Le secteur du bâtiment conserve ses démarches et ses processus, mais chaque étape est enrichie et les échanges facilités. L’expertise reste dans la tête des personnes. La transition numérique transforme les outils individuels en démarche collaborative. Il faut également savoir raison garder. Chaque produit ne peut être associé à une géométrie numérisée, tout détail géométrique ne peut être enregistré car le volume ainsi engendré serait beaucoup trop grand.

La dématérialisation de l’ensemble des données alphanumériques utiles à l’ensemble des acteurs et la fluidité de leurs échanges est une condition à une amélioration effective du travail collaboratif induisant qualité, productivité et une meilleure réponse aux enjeux environnementaux.

 

Intervention de Vincent Barue Vincent Barue a présenté aux participants quelques maquettes numériques concrétisant un des aspects du BIM. Rappelant certains jeux vidéo, la maquette permet de « voyager » à l’intérieur du bâtiment, de l’observer sous différents angles, de générer visuellement et instantanément une vue éclatée permettant de voir avec précision des pièces et des détails intérieurs au bâtiment.

Deux exemples ont été commentés : La réfection de Bataclan et l’agrandissement du Quai d’Orsay.

Vincent Barue a, pour chaque exemple, resitué l’environnement, l’histoire récente, les travaux à effectuer et l’apport du BIM et plus particulièrement celui de la mise en œuvre d’une maquette numérique pour ces deux projets très importants.

Cette soirée a été passionnante à plus d’un titre. Elle a permis de découvrir et d’aborder un sujet très sectoriel. Mettre en œuvre une maquette numérique concrétise les choses et les idées. Les questions importantes sous-jacentes (normes, interopérabilité, diffusion des démarches, évolution des pratiques, gestion des données) se retrouvent bien dans les problématiques générales de la transition numérique, thème central des réflexions et échanges du Club MOA.

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