Transformation numérique – l’esprit startup

février 18, 2019
Jean-Yves LIGNIER

learning

La vie à l’intérieur d’une startup...

Le fonctionnement des organisations est un sujet récurrent pour les membres du Club et plus généralement les entités qui se préoccupent de la transformation numérique.

En effet, le fonctionnement de l'entreprise peut faciliter ou freiner l'entreprise dans sa capacité à se transformer.

Dans ce domaine, les grandes entreprises historiques ont souvent des complexes par rapport aux startups et entreprises de la nouvelle économie qui se sont organisé pour innover, pour "disrupter" leur marché et embarquer dans leur dynamique les talents dont elles ont besoin.

Ce lundi 11 février le Club a donné la parole à Esther MAC NAMARA [Membre du CLUB MOA-TN], qui a récemment rejoint la société OPENCLASSROOMS. Elle a évoqué la question des compétences et la gestion des talents dans l’économie numérique, les méthodes de travail et de management ainsi que les outils IT utilisés au sein de la startup.

Esther MAC NAMARA est avocate de formation. Elle a quitté, il y a quelques mois la Cour des Comptes pour intégrer la startup OPENCLASSROOMS.

A la Cour des Comptes Esther a beaucoup travaillé sur le domaine du numérique. Pour se former elle s’est inscrite sur le site d’OPENCLASSROOMS. Elle avoue avoir suivi beaucoup de formations (une quarantaine) de manière « boulimique » (sic). Après une rencontre avec Pierre DUBUC, l’un des fondateurs, Esther décide de rejoindre cette société.

Historique d'OpenClassRooms

L’histoire commence en 1999 quand Matthieu NEBRA, le fondateur, reçoit à 13 ans un livre décrivant comment on réalise une page WEB. Il trouve le livre compliqué et décide de créer une page WEB réexpliquant plus simplement ce processus pour ses amis. Il crée le site du Zéro avec la mascotte de l’âne. Il est rejoint par Pierre DUBUC, un peu plus jeune. Ces deux personnes font des études d’ingénieur tout en continuant cette aventure. Diplômes en poche ils décident de transformer ce hobby en entreprise ainsi naît OPENCLASSROOMS. L’entreprise grandit et bénéficie de levées de fonds importantes (En 2018, 60 millions de dollars). Ainsi au tour de table on trouve l’Américain General Atlantic, un fond majeur qui rejoint les investisseurs historiques (Alven, Bpifrance et Citizen Capital, Xavier Niel).

Le Cœur de mission d'OpenClassRooms

L’objectif de l’entreprise est de rendre l’éducation accessible à tous. L’ensemble du contenu de la plateforme est gratuit. Esther fait observer que dans l’économie du 21e siècle, vouloir vendre de la connaissance est un non-sens. L’objectif est de donner à tous, un plus grand niveau de service gratuit. C’est un modèle disruptif de la formation professionnelle traditionnelle, l’utilisation de la puissance du numérique pour proposer une approche totalement nouvelle.

Première école en ligne d’Europe, dotée d’un centre de formation d’apprenti (OpenCFA), proposant des formations diplômantes vers les métiers en tension avec l’ambition de former chacun et chacune, y compris les plus fragiles.

OPENCLASSROOMS c’est : Trois millions d’apprenants chaque mois qui se connectent sur la plateforme. 48 parcours diplômants 100% en ligne, 400 cours certifiants en ligne, 500 entreprises partenaires.

Le business-model repose sur le paiement des parcours diplômants. Dans ce cas la proposition de valeur est beaucoup plus construite, les personnes sont accompagnées par un mentor.

La vision des fondateurs est de renverser le processus de formation. Traditionnellement un professeur fait un cours (selon ses convictions et ses méthodes) à un groupe et ensuite chaque auditeur est livré à lui-même. Dans le cas d’OPENCLASSROOMS, il y a une analyse des métiers en tension (en utilisant les Big Data), puis une définition des référentiels de compétences, un découpage en blocs et une définition de projet. On demande ensuite aux personnes qui s’orientent vers des parcours diplômants de réaliser ces projets. Les personnes sont accompagnées par un expert du domaine considéré : le mentor. C’est une sorte de résurrection du compagnonnage.

L’ensemble des cours concerne, pour l’essentiel, tous les métiers impactés par les techniques digitales : la gestion des data, la gestion de projet, le développement Web, les systèmes d’information, le marketing, les ressources humaines. Les personnes sont prises au niveau bac+2 et sont amenées progressivement au niveaux supérieurs jusqu’à bac+5.

Il y a des personnes douées mais qui sont sorties du système actuel car il ne leur convenait pas. Grâce à une pédagogie adaptée elles se révèlent. Beaucoup de personnes employées par OPENCLASSROOMS ont d’abord été élèves de cette plateforme. Ce qui montre que OpenClassRooms est aussi un système de formation/sélection pour l'entreprise.

Dans les parcours diplômant, l’élève est soutenu par un mentor individuel qui accompagne l’apprenant. Il aide l’élève à surmonter les difficultés à chaque étape de sa formation. OPENCLASSROOMS sélectionne, forme et coordonne les mentors, experts dans leur domaine. Les mentors valident les compétences acquises via une soutenance en vidéo-conférence.

Il y a un certain nombre d’élèves qui sont devenus « mentors » et dont la motivation principale est de transmettre le savoir.
Différences avec le MOOC. Le MOOC présente quelques difficultés : il fonctionne entre deux dates, ne dispose pas de mentor, l’élève est seul. De ce point de vue l’approche d’OPENCLASSROOMS est très différente.

OPENCLASSROOMS a lié des partenariats avec de grandes structures académiques : Centrale supelec, ENSAE, EDHEC, SciencesPo, Polytechnique, etc...Certaines SSII « pré-recrutent » les élèves d’OPENCLASSROOMS qui sont dans des parcours suivis par un mentor. Ces SSI participent ou paient les formations des élèves et les embauche en fin de formation.

Inclusion et diversité

C’est un enjeu important de structurer une offre de formation 100% digital auprès de publics éloignés de l’emploi.

La difficulté est de rendre autonomes ces publics sur une formation 100% online et les accompagner vers la réussite.
Esther conte quelques anecdotes dans ce travail « d’évangélisation » (sic) vis-à-vis de structures publiques tel que Pôle-Emploi ou les OPCA (Organisme paritaire collecteur agréé) en charge du financement de la formation professionnelle.

La formation professionnelle en France est très décentralisée. 66 000 organismes de formation, avec des niveaux très aléatoires et une incertitude sur la qualité de la formation dispensée. Aujourd’hui, il y a une vraie prise de conscience de l’importance ce sujet : investi dans la compétence de la population. Le gouvernement investit 15 milliards qui s’ajoutent aux 32 milliards annuels de fonctionnement.

Des changements de structure sont à l’œuvre, pilotés par Pôle-emploi, pour améliorer l’efficacité du système et l’adapter à notre nouvel environnement.

L’opération OPENDECLIC 2018

OpenDeclic est un programme lancé par OPENCLASSROOMS. Il propose 3 parcours de formation
• Développement Web
• Gestion de paie
• Community Management

Chaque formation apporte une certification professionnelle pour attester des compétences acquises face à un employeur.

Les personnes éligibles à cette formation :
• Ont un niveau inférieur ou équivalent au Baccalauréat.
• Sont demandeur d’emploi inscrit à Pôle Emploi, en recherche dans l’une des régions du programme
• Dispose d’un ordinateur et d’une connexion internet chez elle ou à proximité.

La formation comporte 400 heures (2 mois et demi) et 6 mois de suivi.

Pour cette 1POEC 850 personnes ont été formées, 70% d’étudiants ont été certifiés

Des réfugiés (émigrants) ont été intégrés dans cette opération. Souvent de bon niveau, mais avec la difficulté liée à la connaissance de la langue française. Esther indique que la réflexion conduit à mettre en œuvre une offre globale, incluant, par exemple, une facilité pour se loger. Avec une offre de service globalisée (Formation + langue + logement) on peut commencer à détendre les tensions actuelles sur ces métiers

Organisation interne

Recrutement

Esther a expliqué la façon dont elle a été recrutée.

[...] retex strictement réservé aux membres

La conviction

La principale valeur de la société c’est son capital humain.

Toutes les formations sont libres de droit, duplicables à l’infini, non protégées par des droits d’auteurs. A l’inverse les investissements se font sur les personnes. Les cadres sont coachés (management, langue, etc.). Chaque employé a un mentor.

L’équipe technique représente approximativement un tiers de l’effectif. L’application de la plateforme, fer de lance d’OPENCLASSROOMS est totalement développée en interne. La capacité technique est totalement autonome. Il y a le refus, stratégique, de dépendre de l’extérieur.

Une organisation agile

Les plus agiles sont les équipes techniques. Tous les matins un stand-up : ce qui a été fait hier, ce que l’on va faire dans la journée. Une rétrospective une fois par quinzaine les équipes qui s’occupent du développement du produit font un PPP (Personal Professional Physically). Chacun explique ce qui va et ce qui ne va pas.

C’est un moment important car ces équipes ont quelques difficultés à libérer la parole. Cette rencontre consolide les équipes et crée de la confiance. Elle se fait debout, en mode chronométré. Il n’y a pas de salle de réunion.

Le pilotage par KPI (Key Performance Indicator)

Cet outil est extrêmement puissant. Il y a 6 KPI qui traduisent la stratégie de l’entreprise. Toutes les semaines les fondateurs présentent à toute l’entreprise l’état des indicateurs. La durée de présentation varie : 20 minutes, 30 minutes, 1 heure, 1 fois par trimestre cela dure 1 journée et une fois dans l’année la durée est de 3 jours. Ce sont des rituels qui donnent un rythme à l’entreprise.

Exemple : La première KPI correspond aux nombre de personnes qui ont trouvé un emploi suite à leur formation avec OPENCLASSROOMS. Cette KPI est parfois enrichie de témoignage. L’ensemble de la gestion de l’entreprise est appuyée sur ces 6 KPI. Comment chaque personne de l’entreprise contribue à atteindre l’objectif fixé dans ces KPI. Cette approche permet d’éliminer tous les parasites qui ne contribuent pas à l’objectif.

Utilisation du NPS (Net Promoter Score)

Chaque équipe à son NPS. Il y a un algorithme qui agrège le NPS de toutes les équipes. Ce NPS permet de mesurer la qualité des actions de l’entreprise vis-à-vis de l’ensemble des partenaires et parties prenantes. On mesure, ainsi, le nombre de personnes qui sont les promoteurs de l’entreprise.

En conclusion de cet exposé très agréable à suivre, tant par un sujet au cœur de l’actualité que par la qualité du discours, souvent teinté d’un humour léger et pétillant, Esther a livré quelques réflexions personnelles sur l’implantation des startups dans le pays.

Les nombreuses questions, réflexions et interventions des membres du CLUB durant la soirée témoignent de l’intérêt que tous ont pris à cet exposé.

[...]

Compte-rendu complet réservé aux membres.

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